Le droit à l’éducation pour tous les adultes : créer les conditions d’une éducation inclusive (2020)

De Indicateurs EA

Le droit à l’éducation pour tous les adultes : créer les conditions d’une éducation inclusive (2020)

Avis de l’ICÉA sur les populations en situation d’inégalité. Document adoptée le 22 septembre 2020 par le conseil d’administration de l’ICÉA et présenté au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, et au ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet. Source : Le droit à l’éducation pour tous les adultes : créer les conditions d’une éducation inclusive (fichier PDF), septembre 2020.

SITUATION DE GROUPES VIVANT DES INÉGALITÉS SOCIALES ET ÉCONOMIQUES

A. Les personnes sans diplôme

RECOMMANDATION no a1 : S’assurer que la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale entreprise par le gouvernement du Québec favorise la mise en œuvre des actions suivantes :

  • l’adoption d’une stratégie de lutte à l’analphabétisme qui favorise l’alphabétisation des personnes ainsi que l’élimination des causes de l’analphabétisme et l’atténuation de ses conséquences;
  • l’acquisition d’une formation de base par tous les adultes et, à cette fin, la reconnaissance du rôle unique joué par les centres d’éducation des adultes;
  • l’accès à une première qualification pour tous les jeunes adultes ainsi que le développement continu des compétences des personnes en emploi (ICÉA, 2016a).

RECOMMANDATION no a2 : S’assurer que les mesures gouvernementales (notamment celles définies en lien avec l’employabilité) favorisent l’accès à une première qualification pour les personnes sans diplôme, d’une part, et qu’elles prévoient d’autre part une durée suffisamment longue pour répondre aux besoins éducatifs de la personne participante (ICÉA, 2016a).

RECOMMANDATION no a3 : Bonifier le système de reconnaissance des acquis afin de favoriser l’accès à la formation, la continuité des parcours ainsi que l’émission d’attestations officielles, notamment en soutenant les personnes faiblement scolarisées dans leur démarche de reconnaissance des acquis et des compétences. À cette fin, employer des instruments de reconnaissance qui tiennent compte du niveau de littératie des personnes concernées et rendre disponible un accompagnement tout au long de la démarche de reconnaissance des acquis et des compétences (ICÉA, 2018).

RECOMMANDATION no a4 : Favoriser l’acquisition d’une première qualification en tenant compte de la diversité des lieux empruntés par les trajectoires d’apprentissage des adultes, en misant sur la reconnaissance des acquis et des compétences et en permettant de combiner plus d’un lieu d’apprentissage (ICÉA, 2011).

RECOMMANDATION no a5 : Faire valoir la mise en place de mesures d’accessibilité financière dont l’objectif prioritaire serait de hausser significativement le taux de participation à la formation formelle sur une période prolongée pour les populations moins favorisées, notamment les personnes faiblement scolarisées (sans diplôme d’études secondaires ou ne possédant que ce diplôme), peu alphabétisées ou qui se situent au niveau le plus faible de l’échelle de la littératie, soit le niveau 1 et inférieur à 1 (ICÉA, 2010).

B. Les personnes en situation de handicap

RECOMMANDATION no b1 : Utiliser dans le discours public les désignations "personne en situation de handicap" ou "avec limitation" ou "avec incapacité" (de préférence au terme « personne handicapée ») afin de déplacer la charge du handicap de la personne qui vit avec une incapacité vers un environnement (physique, social et autre) qui n’est pas adapté à la réalisation de ses activités quotidiennes.

RECOMMANDATION no b2 : Faire de la FGA un outil pour rehausser le taux de scolarité des personnes en situation de handicap et des adultes à besoins particuliers, notamment en augmentant la disponibilité des services destinés à ces personnes ainsi que le nombre de personnes professionnelles aptes à répondre à leurs besoins particuliers.

RECOMMANDATION no b3 : Garantir aux établissements d’enseignement postsecondaire les ressources nécessaires pour identifier les limitations émergentes (troubles du déficit de l’attention, de santé mentale, etc.) et répondre efficacement aux besoins des étudiantes et des étudiants qui vivent avec ces limitations.

RECOMMANDATION no b4 : S’assurer que les services spécialisés offerts aux personnes en situation de handicap ou ayant des limitations émergentes soient accessibles et offerts conformément aux règles de confidentialité à tous les ordres de l’enseignement supérieur, y compris la formation continue.

RECOMMANDATION no b5 : Instituer en règle la pratique actuelle des cégeps et des universités qui s’inspirent de la classification « Processus de production du handicap » afin d’évaluer les besoins des étudiantes et des étudiants en situation de handicap.

RECOMMANDATION no b6 : Mettre en œuvre des mesures qui permettront de généraliser l’utilisation du modèle du Processus de production du handicap (MDH-PPH) dans les milieux de formation afin de favoriser la participation sociale maximale de toutes les personnes en situation de handicap. S’assurer que ce modèle soit utilisé afin de responsabiliser l’ensemble de la société aux situations de handicap vécues par les personnes ayant une incapacité, d’agir concrètement sur leurs conditions de vie, de favoriser la défense de leurs droits et de les rapprocher d’une situation de pleine égalité.

C. Les familles monoparentales

RECOMMANDATION no c1 : S’assurer que les politiques, les stratégies, les plans d’action et les programmes en éducation des adultes tiennent compte des besoins des personnes qui affichent de faibles taux de scolarité ou de compétences (c.-à-d. sans diplôme d’études secondaires ou faiblement alphabétisées). Dans cette perspective, il est essentiel de :

  • répondre aux besoins éducatifs des personnes en situation monoparentale;
  • s’assurer que ces personnes ont facilement accès à des services d’alphabétisation et de francisation, que ce soit en milieu scolaire ou communautaire;
  • s’assurer que tous les secteurs de l’éducation des adultes disposent des ressources et des outils nécessaires pour répondre aux besoins éducatifs particuliers de ces personnes, notamment à la formation générale des adultes.

RECOMMANDATION no c2 : Lever l’obstacle situationnel lié aux difficultés suscitées par la conciliation famille-travailformation : rendre disponibles des services de garderie aux adultes en formation. De manière prioritaire, offrir de tels services de garderie aux mères monoparentales en formation.

D. Les personnes immigrantes

RECOMMANDATION no d1 : S’assurer que plus de personnes immigrantes aient accès aux cours de francisation, notamment :

  • en augmentant les allocations de participation ainsi que le financement et le nombre d’initiatives de francisation en entreprise;
  • en adaptant les horaires aux besoins des personnes (par exemple, selon l’horaire des enfants à l’école ou à la garderie);
  • en tenant compte des besoins individuels, du rythme d’apprentissage et du profil linguistique de chaque personne ; et
  • en améliorant la qualité et l’accès à l’information disponible.

RECOMMANDATION no d2 : Élaborer un programme-cadre de francisation pour les personnes immigrantes peu scolarisées ou peu alphabétisées.

RECOMMANDATION no d3 : Améliorer le processus de reconnaissance des acquis et des compétences des personnes immigrantes de manière à accélérer l’évaluation de la scolarité et de l’expérience acquise à l’étranger, à favoriser la continuité des parcours professionnels et à faciliter l’émission d’attestations officielles.

RECOMMANDATION no d4 : Assurer l’accès des femmes immigrantes à des cours de francisation, notamment en leur offrant des services de garde et d’éducation adaptés à leurs besoins.

RECOMMANDATION no d5 : Garantir aux personnes immigrantes la formation et l’accompagnement nécessaires pour accéder au travail, se maintenir en emploi et réussir professionnellement :

  • offrir pour ce faire des formations d’appoint favorisant la mise à jour des compétences nécessaires à l’intégration en emploi des personnes immigrantes ainsi que des formations en milieux professionnels axées sur la pratique en situation réelle;
  • s’assurer que ces formations sont complémentaires au milieu scolaire, qu’elles permettent de valoriser les acquis professionnels de la personne et lui fournissent un nouvel outil d’actualisation, de mise à jour d’évaluation et de reconnaissance des acquis et des compétences professionnelles.

RECOMMANDATION no d6 : Offrir plus de services de soutien à l’intégration aux personnes immigrantes; établir à cette fin des liens entre les familles immigrantes, les milieux de vie ainsi que les structures et les organismes d’accueil. Créer par ailleurs des liens et un sentiment d’appartenance par le jumelage et le mentorat; miser pour se faire sur le jumelage interculturel comme moyen de favoriser l’apprentissage et l’intégration chez les personnes immigrantes, d’une part, et de favoriser une meilleure connaissance des réalités de l’immigration par la société québécoise, d’autre part.

E. Les Autochtones

RECOMMANDATION no e1 : Valoriser les conceptions de l’éducation et de la réussite éducative des Autochtones et établir un dialogue entre Autochtones et non-Autochtones pour en développer une vision enrichie.

RECOMMANDATION no e2 : Soutenir l’apprentissage des langues et des cultures autochtones, tant chez les jeunes que les personnes plus âgées. S’appuyer pour ce faire sur la vision holistique de l’apprentissage chez les Autochtones et engager la participation active des personnes aînées dans la réalisation de ces apprentissages.

RECOMMANDATION no e3 : Favoriser le développement de services éducatifs par et pour les Autochtones, notamment en :

  • privilégiant l’embauche de formateurs et formatrices autochtones;
  • poursuivant l’implantation de centres régionaux d’éducation des adultes (CRÉA) et d’institutions d’enseignement postsecondaire dans les communautés.

En milieu non autochtone, construire un climat de confiance pour les Autochtones en :

  • formant et sensibilisant tant les formatrices et les formateurs que l’ensemble du personnel et des étudiantes et étudiants aux réalités, à l’histoire et aux savoirs autochtones;
  • développant des formules d’accueil et d’accompagnement en formation et de soutien à la réussite qui permettent de minimiser les effets négatifs liés aux multiples déracinements;
  • favorisant l’accès à l’information concernant les ressources disponibles (comme les comptoirs alimentaires);
  • organisant des activités de connaissance mutuelle des cultures autochtones et non autochtones ainsi qu’en intégrant des éléments d’histoire et de cultures autochtones dans les contenus et le matériel pédagogique;
  • développant à partir de ces contenus et ces méthodes des programmes spécifiquement dédiés aux adultes autochtones;
  • outillant les Autochtones dont la langue première n’est ni le français ni l’anglais ou qui maîtrisent mal la langue d’apprentissage.

RECOMMANDATION no e4 : Afin d’adapter le contexte scolaire au fait que les Autochtones deviennent parents à un âge plus jeune et que le taux de femmes cheffes de famille monoparentale est plus élevé que chez les non-Autochtones :

  • offrir une plus grande flexibilité dans les horaires de cours, la possibilité de prendre plus de temps pour terminer un programme d’études, une attitude compréhensive quant aux absences liées à la famille, l’autorisation de congés ainsi que la mise en place de mesures de conciliation travail, famille et études.

RECOMMANDATION no e5 : De reconnaître les missions éducatives des organisations autochtones qui agissent en périphérie du champ de l’éducation et de les soutenir, notamment financièrement.

RECOMMANDATION no e6 : Que le gouvernement québécois fasse des représentations auprès du gouvernement fédéral afin que ce dernier apporte des modifications à la Loi sur les Indiens et à d’autres législations qui limitent l’autonomie et le développement des communautés : faire en sorte que ces communautés disposent du pouvoir décisionnel leur permettant de mener à bien leurs projets, notamment en ce qui concerne les programmes éducatifs.

RECOMMANDATION no e7 : Miser sur l’information, la formation, la sensibilisation et la mise en œuvre de programmes antiracistes. À ce titre, proposer aux jeunes et aux adultes des programmes éducatifs qui font la promotion d’une approche multiculturelle offrant « une version de l’histoire coloniale non édulcorée, et [mettant] l’accent sur les valeurs de diversité au sein de la société ».

RECOMMANDATION no e8 : Encourager l'adoption, dans tous les secteurs de la société, de politiques favorisant la représentation de la diversité, notamment en ce qui concerne la diversité autochtone, au Québec et au Canada.

RECOMMANDATION no e9 : Favoriser l’accès à l’eau potable ainsi qu’à des logements décents et en nombre suffisant dans les communautés.

RECOMMANDATION no e10 : S’attaquer, au moyen d’actions sectorielles, aux problèmes sociaux, de pauvreté et de santé qui affectent durement les Autochtones.

RECOMMANDATION no e11 : Tenir compte des disparités, éducatives, économiques, sociales, géographiques, culturelles et autres qui existent entre les différentes communautés autochtones et qui font en sorte que certaines sont désavantagées par rapport aux autres.

RECOMMANDATION no e12 : Créer des données probantes concernant les compétences des populations autochtones.

L’ÉDUCATION DES ADULTES POUR LA DIVERSITÉ ET L’INCLUSION

RECOMMANDATION no f1 : Afin d’entreprendre ce vaste chantier éducatif vers l’égalité et la justice, l’ICÉA propose l’adoption d’une politique globale en éducation des adultes qui prend en compte la mesure des changements sociaux depuis la dernière politique adoptée en 2002. Ces nouveaux enjeux embrassant plusieurs secteurs de la vie en société appellent la mobilisation de plusieurs ministères autour de cette nouvelle politique en éducation des adultes. Afin d’opérationnaliser cette politique, elle devra être accompagnée d’un plan d’action et de financement.

RECOMMANDATION no f2 : Pour atteindre l’égalité en éducation, entreprendre un chantier avec et pour les groupes vivant des inégalités éducatives, leurs associations, les associations étudiantes et syndicales et les organisations en recherche pour :

  • adopter des approches, des méthodes, des pédagogies et des stratégies d’apprentissage qui répondent à leurs besoins;
  • renforcer, appuyer ou développer des services non éducatifs qui soutiennent les apprentissages et lèvent les obstacles socioéconomiques et culturels;
  • former et sensibiliser tout le personnel des organisations en éducation des adultes, le personnel des organisations étatiques en éducation et tout autre actrice ou acteur en éducation des adultes formelle et non formelle concernant les inégalités vécues par certains groupes et leurs besoins, notamment en matière d’apprentissage;
  • engager les organisations centrées sur la recherche en éducation à adopter des balises de recherche inclusives qui favorisent notamment la production de données concernant les inégalités éducatives des adultes.

RECOMMANDATION no f3 : Promouvoir, soutenir et développer des initiatives visant la sensibilisation et la formation aux inégalités sociales, aux diversités culturelles et à l’inclusion afin de mettre l’éducation des adultes au service de la justice.

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